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LES VIETNAMIENS ET LES AMERINDIENS

posted Jul 25, 2018, 1:54 PM by Andy Nguyen   [ updated Jul 26, 2018, 11:27 AM ]


 LES VIETNAMIENS ET LES AMERINDIENS





 

 

 

            Quand j'enseignais au lycée Yersin, je me suis souvent demandé quels pouvaient bien être les jeux de la petite enfance des élèves de mes classes, à domicile comme à la récréation des écoles primaires ; et assurément je pensais que s'ils pouvaient, comme en mon temps, s'adonner aux osselets ou aux billes, ils ne devaient guère préférer jouer aux Indiens et aux Cow-boys, ni lire les bandes dessinées westerns, ni collectionner les figurines d'Indiens d'Amérique, comme les enfants européens de la Belle Epoque 1900 de la générations de mon père et ceux de ma génération dite du Baby Boum, au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale.

 

            Je remarquais dans les classes, que les filles avaient souvent un précieux cahier où elles écrivaient les paroles de leurs chansons de variétés préférées vietnamiennes et françaises et comme en raison de mes études en licences d'histoire et géo je n'avais pas pu suivre l'évolution des succès du hit parade, avec l'émission "Salut les copains" au-delà de l'année 63, je fus surpris de voir les élèves vietnamiens aduler les Christophe avec "Aline" et "Les mots bleus", Hervé Villard avec "Capri c'est fini" ou Adamo avec "Vous permettez Monsieur" tubes que je découvrais lors des séances de ciné à l'Alliance Française ou lors des soirées dansantes au Petit Lycée. Néanmoins les préoccupations des jeux d'enfance des élèves vietnamiens me restaient inconnues.

 

            Dans mon enfance jouer aux Indiens était incontournable. On parlait de Peaux-Rouges car avant 1960 les anthropologues ignoraient l'origine des Indiens d'Amérique, tels que Christophe Colomb nomma les populations rencontrées, croyant avoir atteint les côtes orientales des Indes et non les îles des Antilles, une erreur qui fait que souvent on continue encore aujourd'hui  de parler d'Indiens pour désigner les premières populations du Nouveau Monde. Aussi pour ne pas les confondre avec les populations des Indes dites alors Hindoues, on employait le vocable "Peaux-Rouges", en raison de leur peau cuivrée, qui faisait croire que l'on avait affaire à une quatrième race humaine, ce qui n'est pas le cas. En effet l'origine mongole des Peaux-Rouges, découverte dans les années 60 et depuis confirmée par les analyses de leur ADN, montre qu'ils sont des Asiatiques venus de Sibérie par le Détroit de Béring, pendant les périodes de glaciation qui transformèrent ce détroit en isthme, et qu'ils sont cousins des Vietnamiens comme des Chinois. L'archéologie récente montre que les Vikings ont vécus sur les terres québécoises dès le début du premier millénaire et que des Européens bien avant Colomb se sont installés sur la côte est des Etats-Unis actuels et que les Polynésiens ont atteint les rivages du continent sud américain avant le XVème siècle pour commercer avec les Amérindiens.

           

            Mais depuis les années 80, en absence d’appellation qui fasse consensus, pour désigner les Peaux-Rouges, on utilise parfois les expressions de "premières nations" ou "premiers peuples". La formule "redskins" (peaux-rouges) ancienne, fait de nos jours sourire les Américains, expression que certains trouvent même désobligeante. Elle n’est plus utilisée aux Etats-Unis, où l’on préfère les expressions "Native Americans (Américains d’origine), "Native peoples" (peuples d’origine), "American Indians" (Indiens d’Amérique), "First Nations" (Premières Nations), Amerindians (Amérindiens) ; mais si aucune n’est vraiment satisfaisante, en raison de la diversité de ces peuples et parce que ces derniers les rejettent et préfèrent employer leur nom d'ethnie ou de tribu, de plus en plus les peuples premiers d'Amérique sont désignés comme "Amérindiens", afin de les distinguer des véritables Indiens des Indes.

 

            Dans mon enfance nous n'avions pas d'argent de poche en tant qu'écolier et il aurait été ridicule de vouloir être un cow-boy sans l'achat d'une panoplie avec le chapeau et une réplique d'un colt ou d'une winchester ; aussi on préférait être indien, car on pouvait soi-même se fabriquer un arc et des flèches avec les branches d'arbres de la ville, de confectionner un carquois pour les flèches dans un rouleau de carton trouvé dans les poubelles, de se faire un pagne avec un chiffon de nos mamans que l'on ne manquait pas de peindre et enfin de mettre une plume de pigeon ou d'oie dans les cheveux, tenue par un élastique, pour avoir l'air d'être un vrai Peau-Rouge, alors que je ne voyais pas comment les petits Vietnamiens auraient pu se fabriquer un  arc avec du bambou.

 

            Ce qui m'a beaucoup étonné à Dalat ce n'est pas que dans les salles de ciné on programme des films américains, une vogue parfaitement compréhensible durant les années de la guerre du Vietnam, mais la diffusion des films westerns concernant les Indiens et notamment le film 'Les Cheyennes" de John Ford, à l'affiche du ciné de la place Hoa Binh, qui raconte l'épopée véritable de 286 Cheyennes, femmes et enfants, spoliés de leur terre par les spéculateurs de Washington, parqués dans une réserve où ils meurent de faim, faute de ravitaillement détourné par le superintendant, et qui décident de s'évader pour rejoindre la terre de leurs ancêtres, poursuivis par les Tuniques Bleus racistes et cruels, décidés de les ramener dans leur réserve, mais qui les massacrent tous impitoyablement, après une longue poursuite de plus de mille miles en plein hiver. Comment pouvait-on montrer aux Vietnamiens, la manière dont les militaires yankees maltraitent les autochtones en période de guerre dans les territoires qu'ils occupent, vraiment j'hallucinais.

 

            De nos jours de nombreuses familles vietnamiennes ont migrés en Europe ou dans le continent nord américain. En Europe les jeunes enfants actuels ne s'intéressent plus aux Indiens,  mais aux héros de Star War ou au personnage d'Harry Potter. Mais l'engouement de leurs aînés demeure datant des spectacles de Buffalo Bill et de son Wild West Show dans les grandes villes américaines et européennes de 1885 à 1909, des spectacles qui ont engendré une abondante littérature peau-rouge des plus fantaisistes, des bandes dessinées enfantines, puis la vogue des films westerns indiens à partir des années 1940.

 

            En Europe des délégations de tribus des Indiens des plaines, Sioux, Cheyenne Comanche et également des célèbres Apaches, étaient systématiquement invités lors des expo universelles et souvent en plus, presque tous les ans, à Paris au Jardin d'Acclimatation, ce qui suscitait la venue de millions de visiteurs pour les voir installer dans des campements de tipis reconstitués. La venue des groupes d'Indiens en France a duré jusqu'aux années 2000, toujours appréciée, avec en plus la visite des Indiens d'Amazonie persécutés au Brésil.

 

            Mais pendant longtemps la réalité indienne était méconnue des Européens percevant les Indiens des plaines comme des chasseurs de bisons, portant des plumes dans leur chevelure, brandissant leur tomahawk comme l'ennemi, vivant dans des  tipis, attachant leurs prisonniers au poteau de torture, le totem, pratiquant des danses de guerre autour d'un feu de bois, parlant un langage des signes entre les différentes tribus, fumant le calumet de la paix après avoir déterré la hache de guerre, une longue série de stéréotypes plus ou moins véridiques.

 

            En Europe les Indiens sont considérés comme de "bons sauvages" selon la vision de Jean Jacques Rousseau, comme de braves, valeureux et nobles guerriers, résistant à l'invasion des Blancs pour sauvegarder leurs territoires de chasse, mais qui ne sont pas parvenus, comme les Vietminhs et les Vietcongs, à chasser de leurs territoires les envahisseurs indésirables. car les Américains avaient institué un programme d'extinction des populations sauvages par une élimination des bisons dans les plaines, qui s'est traduite en de simples abattages de millions de bêtes, pour affamer les indigènes, Buffalo Bill ayant été lui-même chasseur assermenté à cet égard.

 

            Aux Etats-Unis l'image des Amérindiens est toute autre, car ils ont très mauvaise réputation. Les Américains ont le plus souvent comme vision des Natives, celle d'épaves indiennes fortement alcoolisées, errant dans les villes avoisinant les réserves, des vauriens honteux, ramassés par la police, qui les jettent en prison dans des conditions sordides. Pour de nombreux Américains le "bon indien" est selon la formule du général Sheridan un "indien mort".

 

            Depuis la révolution hippie des années 66/72 certains Américains prennent parti pour la cause amérindienne, mais tous les gouvernements préfèrent voir disparaître complètement les premiers habitants du Nouveau Monde. Dans l'ensemble les Vietnamiens américanisés ne se préoccupent guère de ce différent et se défient des Indiens qu'ils considèrent comme dangereux et ils ne se risquent guère d'aller les visiter dans leurs réserves, notamment lors des fêtes annuelles tribales. Pourtant ils n'ont rien à craindre d'eux, car les Amérindiens considèrent les Asiats comme leurs lointains cousins ancestraux et les respectent. Les Japonais, qui ont comme les Indiens un tempérament extrême en toute chose, sympathisent vite avec eux et les Indiens savent distinguer les Asiats parce qu'ils sont 'Too short", eux étant grands et corpulents, trop souvent atteints d'obésité.

 

            Aux Etats-Unis on parle beaucoup du problème noir, lié au phénomène de discrimination raciale, mais guère du problème rouge. En fait pour les gouvernements fédéraux les Noirs, qui réclament une simple égalité de vie avec les Blancs, ne les soucient pas vraiment. Par contre, les Rouges qui réclament le respect des traités anciens, les restitutions de leurs territoires, et la tolérance de leurs valeurs, de leurs coutumes et de leurs multi-cultures, revendications fondées historiquement, représentent un danger d'opposition au way of life normalement orchestré pour une intégration de tous dans une société de consommation.

 

            Depuis l'arrivée de Christophe Colomb ce problème n'est toujours pas réglé entre Blancs et Rouges et l'histoire révèle une lutte sans merci entre les deux peuples.

 

            En 1492, sur les 80 millions d'autochtones des Amériques, probablement qu'ils s'en trouvaient moins de 10 millions en Amérique septentrionale. Ces populations amérindiennes, qui représentaient à l'époque le quart de l'humanité, ont été sévèrement décimées par les conquêtes, les maladies apportées par les Européens, les guerres, l'esclavage, les massacres, les famines, les déportations meurtrières, les maltraitances et l'alcool, un ensemble de traitements, qui fit disparaître 90 % des autochtones. Ainsi au début du XXème siècle, il ne restait plus en Amérique du Nord que près de 250.000 Indiens pur sang. Grâce à une remontée démographique spectaculaire qui témoigne d'une farouche volonté de survie, les Indiens du continent nord américain sont en 2015 près de quatre millions et ceux du Mexique et des Andes bien plus nombreux qu'ils ne le furent avant l'arrivée des Blancs.

 

            Ces derniers considérant toute terre inconnue comme un objet de conquête au nom du progrès, se sont dans le monde imposés aux Noirs, aux Jaunes et aux Peaux-Rouges, sans le moindre respect pour les populations indigènes, dont les civilisations, totalement différentes, leur semblaient attardées et méprisables.

 

            En Amérique du Nord, les Blancs reçurent initialement un accueil hospitalier de la part des populations autochtones les aidant à survivre, les Mayas croyant même à la venue d'un messie bienfaiteur. Mais très vite, les exactions des colons qui s'installèrent avec l'aide des Indiens firent rapidement comprendre à ces derniers qu'ils s'étaient bêtement trompés, comme le prouve l'histoire du Canada et des Etats-Unis, longue série de conflits entre les Peaux-Rouges et les Hommes Blancs, aboutissant à la disparition complète de très nombreuses tribus, notamment de l'Est, comme les Alabamas ou les Appalaches.

 

            A partir de 1865, après la Guerre de Sécession, le président Grant instaure officiellement une politique d'extermination des Indiens qu'il confie à des chasseurs pour faire disparaître les bisons et à l'armée pour nettoyer le Far West de ces chiens rouges, privés par Dieu  de cette dignité morale qui distingue l'homme de l'animal.

 

            En fait, il n'y eut jamais de contact entre la culture blanche et celles des tribus indiennes et ce refus permanent de la part des Anglo-saxons de reconnaître l'attente des Peaux Rouges, fait comprendre de nos jours la revendication essentielle des Indiens. L'intégration est le seul droit d'existence que les Anglo-saxons accordent aux Indiens, aux Noirs et aux migrants vietnamiens et autres. Mais si les Noirs l'acceptent, pourtant étrangers à la terre américaine, importés de force comme esclaves, venus d'Afrique tout comme les Blancs d'Europe, ou les migrants heureux d'avoir trouvés une terre d'accueil, en revanche les Indiens, en tant que seuls Américains authentiques et légitimes, la refusent encore, alors que les Noirs réclament l'égalité des droits, les Indiens demandent le respect de leur spécificité culturelle et leur totale indépendance sur leurs territoires réservés "indian réservations".

 

            Un dessin humoristique indien de 1961 montre, au début de la conquête de l'espace circumterrestre, deux Indiens fumant le calumet de la paix, l'un apprenant à l'autre que les Blancs partent à la conquête de la Lune, l'autre rétorquant "Tant mieux nous allons pouvoir récupérer nos terres".

 

          Si les civilisations indiennes avaient possédé les mêmes traits dominants que ceux de la civilisation blanche (esprit d'accaparement, désir impérieux d'hégémonie, absence de scrupules et de reconnaissance, fourberie en tous genres, hypocrisie mesquine, manque de fraternité humaine, goût immodéré pour les biens matériels) les premiers Blancs, débarquant dans le Nouveau Monde, auraient été anéantis sans sommation. Mais ces populations hospitalières, généreuses et désintéressées, dénuées de malveillance, furent victimes de leur saine curiosité.

 

            De nos jours l'incompréhension entre les Blancs et les Indiens demeure complète. Par exemple l'absence de toute notion de propriété aussi bien individuelle que collective ou étatique dépasse l'entendement pour un occidental. L'Indien n'attache pas d'importance à la nation propriétaire d'un territoire, mais seulement à la Terre, mère nourricière de tous les hommes, que chacun doit respecter. Tout ce qui existe, êtres vivants ou autres, participe au lien sacré qui permet la vie. L'homme n'a pas tissé la toile de la planète Terre, il n'en est simplement qu'un modeste et tenu fil. Chaque élément naturel vivant ou non est pour l'Amérindien digne de respect.

 

              Ainsi le native nomade des plaines a vécu dans des territoires d'approvisionnement, sur une terre qu'il n'a jamais revendiquée. Cette situation paradoxale ne l'empêche pas d'avoir un sens de la provocation, qui n'est pas dépourvu d'humour, quand en 1969, à propos de la guerre du Vietnam, au cours d'un sondage national, 15 % des Indiens interrogés se prononcent en faveur d'un retrait immédiat des troupes américaines du Sud Vietnam, alors que 85 % d'entre eux estimèrent que les Américains devaient quitter immédiatement l'Amérique pour s'installer définitivement dans ce territoire d'Extrême Orient.

 

           Ce refus de vendre une terre, qui n'appartient à personne, conduit à l'heure actuelle les Iroquois à repousser des offres d'indemnités pourtant importantes pour l'exploitation énergétique de leur réserve du Niagara et les Hopis à conserver intacte leur montagne sacrée qui constitue pourtant une énorme réserve d'uranium. Tout groupe d'Indiens place au sommet de la hiérarchie des valeurs morales l'affirmation de son identité tribale, qui passe par le respect de la nature et le mépris de la fortune.           

 

            Déjà en son temps Sitting Bull, homme médecine, Hunkpapa Sioux déclarait : "Je n'ai pas l'intention d'abandonner une seule partie des terres ancestrales, parce que je ne veux pas que les Blancs y coupent les arbres le long des rivières et saccagent un milieu naturel à préserver. Je tiens beaucoup aux chênes dont les fruits me plaisent infiniment. J'aime à observer les glands parce qu'ils endurent les tempêtes hivernales et la chaleur torride estivale et, comme nous-mêmes, semblent s'épanouir par elles". Mais pour le Blanc ces fruits qui tombent du chêne ne valent rien, comparés au bois de son tronc et au métal jaune des Black Hills, terre sacrée des Sioux, qui revendiquent leur restitution. Bien que les Indiens soient les laissés pour compte de la société de consommation américaine, ils n'exigent pas comme les Noirs le partage des fruits de la croissance, car depuis toujours ils contestent la valeur de la civilisation blanche, "manifestation du stade le plus avancé de la barbarie parce qu'elle meurtrit la nature".

 

            Les Amérindiens conçoivent le monde comme 'un grand tout" dans lequel tous les éléments naturels participent à la vie. Ils honorent un Dieu créateur et unique appelé "Le Grand Esprit"; le Grand Manitou (Watanka) pour les Indiens des plaines et le Capitaine du ciel pour les Apaches. Ils croient en une existence après la mort et pratiquent des rites mortuaires. Lors de leurs cérémonies, ils partagent des rituels communs, dont la principale caractéristique est d'être cyclique. Ils adoptent la purification corporelle par la hutte de sudation. Ils sont adeptes des visions pour entrer en communication avec le Grand Esprit par un usage codifié de la drogue comme le peyotl. La danse tient également une place prépondérante au moment  des grands rassemblements d'été, les pow wows, auxquels tous peuvent participer.

 

            Les pratiques religieuses ne sont pas le monopole d'un clergé et les chamans sont chargés d'entrer en contact avec les esprits, d'interpréter les signes surnaturels et les rêves. Par leur savoir ancestral, les hommes médecine permettent de guérir bien des maladies par les plantes et de réduire la douleur par l'hypnose.

 

            Pour les Indiens il existe quatre catégories de personnes : les faiseurs, ceux qui élaborent, quasiment tout le monde, car ce groupe inclus les artisans, les employés, les managers, les médecins, les commerçants, les savants, les ingénieurs, les cadres, les ouvriers, les artistes, les écrivains, les politiques, en fait tous ceux qui agissent d'une manière ou d'une autre, tous sur le même pied d'égalité ; les rêveurs qui ne sont pas des personnes n'ayant pas les pieds sur terre et la tête dans les nuages, mais ceux qui peuvent réaliser leur rêve, une aptitude rare et honorée ; les chamans qui savent communiquer avec le grand esprit et enfin au sommet de cette hiérarchie les visionnaires qui perçoivent les réalités à venir comme les chefs Seattle ou Sitting bull.

 

            Après quatre siècles de luttes armées, jalonnées par 370 traités qui furent signés entre les gouvernements d'Amérique du Nord et les différentes tribus, mais qui ne furent jamais respectés par les Blancs, comme les accords de Paris par les Vietcongs obtenant le retrait des troupes américaines contre le retrait définitif des troupes nord vietnamiennes du Sud Vietnam, les Indiens se retrouvent rassemblés dans de petites réserves territoriales, dont la gestion est confiée au Bureau des Affaires Indiennes, dépendant du Ministère de l'Intérieur.

 

            Néanmoins la résistance n'est point terminée, car les Indiens ne cessent d'être spirituellement eux-mêmes. Cette attitude n'est nullement la perspective d'un espoir chimérique d'indépendance, mais la ferme volonté de ne pas se laisser anéantir par la culture blanche. Malgré les brimades, les tracasseries, les malveillances, les discriminations, les meurtres impunis, qui font partie de l'existence quotidienne des réserves parcimonieusement limitées, les Indiens conservent toute leur dignité par la préservation  de leur culture. Les Américains, quant à eux, s'appliquent à liquider ces minorités pluralistes historiquement gênantes.

 

            En 1924 en reconnaissance de la participation volontaire des Indiens dans le conflit de la Première Guerre Mondiale, le gouvernement américain leur accorde la citoyenneté dont ils étaient privés, mais qu'ils n'ont jamais réclamée. Les Amérindiens ont joué un rôle important dans la Deuxième Guerre Mondiale : ils étaient 250.000 soldats dans l'armée yankee et les Navajos, affectés dans les services de transmission, ont élaboré un code, basé sur leur langue, pour assurer la confidentialité des messages radio, que les ennemis allemand et japonais ne sont pas parvenus à décoder.

 

            En 1953 le gouvernement lance un programme de rachat des terres indigènes qui vise à déposséder les Indiens de la jouissance de leurs terres et à effacer leurs réserves de la carte des Etats-Unis. Beaucoup de tribus, pour éviter par ses membres la vente des terres que le BIA cherche à attribuer individuellement, décident de nationaliser leur territoire tribal au profit de la collectivité.

 

            Pour se défendre contre les injustices et les abus du BIA, pour résister à l'intégration forcée et pour élaborer une défense tribale unitaire, en juillet 1968, les Indiens fondent l'AIN (Américan Indian Mouvement) qui devient le "Red power", fer de lance de la résistance politique indienne.

 

            Dès lors, les Indiens pratiquent une résistance active : en 1969 des Indiens venus de toute l'Amérique occupent l'île d'Alcatraz stérile au large de San Francisco à laquelle ils assimilent leurs réserves. En 1972 ils occupent les locaux du BIA et en 1973 les Sioux se révoltent ouvertement à Wounded Knee, lieu du célèbre massacre, en hiver 1890, d'un campement d'Indiens désarmés, et tiennent en échec les forces de l'ordre pendant plusieurs mois. La répression américaine fut impitoyable et en quatre ans elle a provoqué 200 meurtres dans la seule réserve sioux de Pine Ridge de l'ancien chef  Red CloudEn 1978 les Amérindiens organisent une longue marche de San Franscisco à la capitale fédérale pour dénoncer les atteintes à l'environnement et les désastres de la pollution, en révélant à l'opinion internationale le discours du chef Seatlle de 1850, qui déjà annonçait l'irréversible dégradation de la Terre par l'inconscience matérialiste des Blancs  

 

            Puis avec le soutien  financier des grandes firmes pharmaceutiques américaines, le gouvernement Nixon met sur pied un programme de stérilisation involontaire des femmes indiennes, qui en trois ans ôte tout espoir de maternité à 40 % des femmes systématiquement hospitalisées et insidieusement opérées lors d'un précédant accouchement. Cette nouvelle tentative de génocide médical est révélée en 1977 par les Indiens à la conférence de Genève qui stupéfie l'opinion internationale, et prouve que les Américains sont toujours déterminés à exterminer les Peaux-Rouges indésirables.

 

            Pour bien mener cette lutte impitoyable, les Indiens s'instruisent  et recourent de plus en plus fréquemment à la justice, avec leurs propres avocats, dans le but de faire appliquer les anciens traités qu'ils jugent viables et de défendre les intérêts des tribus devant les tribunaux fédéraux. Si la question indienne n'a pas encore trouvé de réponse, les Indiens ont obtenu en 1985 la suspension de la chasse des Blancs dans leur territoire de chasse et la possibilité d'ouvrir des casinos dans les réserves. Cette nouvelle activité rapporte annuellement des milliards de dollars et permet aux tribus de soutenir financièrement les familles indiennes les plus déshéritées. En 1982 ils obtiennent l'abolition des interdits de leurs cérémonies comme la "sun dance" et en 2004 le droit par vote populaire de refuser les entreprises d'exploitations minières des Blancs ou de la construction de barrages. Ainsi la politique d'intégration sociale, les tentatives d'extermination et la volonté des gouvernements d'étouffer les cultures indiennes se révèlent comme des échecs pitoyables.

 

            Les Indiens refusent aussi le statut de "citoyens assistés" dans lequel ils sont enfermés depuis plus d'un siècle et revendiquent l'autonomie politique par eux-mêmes pour la gestion des réserves considérées comme des territoires indiens et non américains. Ils savent que leur chance de survie passe par le refus du matérialisme et la sauvegarde de leurs valeurs culturelles, par une réanimation de leurs artisanats et la survivance de leurs pow wows qu'ils ne considèrent pas comme du folklore.

 

            Ainsi l'AIM a défini le sens de la résistance actuelle des nations indiennes, qui repose sur des convictions profondes et justes, une détermination patiente et tranquille et des propos modérés, mais fermes. Malgré une dure confrontation de mode de vie, de foi religieuse et de cultures, les Indiens n'ont jamais succombé à la tentation de la " Guerre Sainte" comme les Islamistes arabes, jamais répondu à l'intolérance absolue et mesquine de leurs adversaires par une même intolérance contraire. Ils maintiennent vivantes leurs traditions et leurs coutumes sans sacrifier leurs principes moraux et leurs idéaux de liberté et de rencontre.

 

            Les Indiens ne demandent que le droit  de vivre en fraternité et bonne intelligence avec leurs voisins blancs, qui doivent s'accommoder de leur présence. L'AIM a obtenu du congrès américain la reconnaissance officielle d'une politique d'encouragement à l'auto détermination des tribus indiennes, sans aucune menace d'élimination physique ou culturelle menée par les autorités américaines fédérales et locales peu pressés néanmoins de l'admettre. L'AIM est également parvenu à ce que l'ONU accepte de reconnaître au peuple amérindien de l'Alaska à la Terre de Feu, un statut consultatif qui donne droit à la parole au niveau international.

 

            L'héritage amérindien est considérable. Ils ont appris et transmis aux Européens la culture de nombreuses plantes, tomate, pomme de terre, courge, haricot, maïs et tabac, comme les Asiatiques ont répandu le riz dans les autres continents et les Vietnamiens en Camargue appris aux Français la culture de cette plante. Dans le monde leurs cultures nourricières, surtout la pomme de terre et le maïs, sauvent bien des populations de la famine. Leur langage des signes a été adapté pour être utilisé par les malentendants dans le monde entier. L'usage du canoë s'est largement répandu et fait objet de compétitions internationales.

 

            Le gouvernement ses Etats-Unis est toujours en litige avec les nations amérindiennes concernant l'exploitation des ressources naturelles des réserves (exploitation forestières, pétrolières, de la houille, des minerais et du gaz de schistes). Juridiquement il doit payer en compensation la somme de trois milliards de dollars que l'administration Obama a commencé à versé, mais que celle de Trump refuse.

 

            Mais si l'hostilité des autorités fédérales américaines s'est considérablement atténuée, celle de la population anglo-saxonne s'accentue, comme pour prendre le relais. Les jeunes Blancs organisent en voitures des razzias armées dans les réserves pour tirer sur tout Indien visible, femmes et enfants compris, ce qui provoque de répliques indiennes et instaure un climat d'insécurité dans les territoires indiens.

 

            On peut de nos jours distinguer quatre catégories d'Amérindiens : les Indiens intégrés des villes souvent métissés, menant une vie apparemment américaine, mais qui organisent des pow wows urbains ; les Indiens politisés qui vivent dans les réserves souvent emprisonnés par les autorités locales hostiles ; les Indiens déchus déprimés qui noient leur déboire dans l'alcool et traînent dans les villes alentours de leur réserve, l'alcool étant de vente interdite sur leur territoire ; et pour la majorité les Indiens "full blood", purs traditionalistes, qui vivent dans les réserves à l'écart, en lieux dits, de chasse ou de pèche, sans contact avec les Blancs, totalement méconnus de ces derniers.  

 

            Cette renaissance de l'Indien d'Amérique, soutenue par un regain d'intérêt qu'il suscite présentement, devient un symbole d'émancipation pour toutes les ethnies opprimées de la planète. De nombreux pays dans le monde ont aujourd'hui leurs propres "Indiens régionaux", la France ayant ses Corses et ses Bretons et le Vietnam ses ethnies montagnardes. Le temps de l'acceptation passive, de l'uniformité de la mondialisation, s'achèverait-il dans la levée des particularismes régionaux ou tribaux?

 

              Néanmoins un dernier danger menace les Amérindiens d'une totale disparition : le métissage interracial, un processus qui a déjà fait disparaître l'homme de Neandertal, car ce phénomène est toujours favorable à la communauté la plus nombreuse : 325 M de Yankees contre 4 M de Natives, déjà fortement métissés, la partie semble perdue d'avance.  

 

            Finalement devant la menace d'une intégration du Vietnam, comme simple province dépendante de la Chine, risquant de devenir un second Tibet, les Vietnamiens auraient intérêt à accorder plus d'attention à la lutte des Amérindiens contre l'hégémonie des Anglo-saxons du Nouveau Monde, s'ils veulent sauvegarder leur identité culturelle, et ne pas subir une nouvelle colonisation chinoise, la Chine ayant comme intention légitime de récupérer tous les territoires et populations de l'ancien empire chinois, sans que l'opinion internationale s'en émeuve.


MM

07/25/2018

 

 

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