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L´ESPRIT YERSINIEN AU MILIEU DE L´OCÉAN.

posted Oct 11, 2012, 9:26 AM by Andy Nguyen
 
 

À - " MONSIEUR " - Nguyen Tan Canh,

Kính thua Anh Canh

Kinh thua các Anh , các Chi cua Truong Lycée Yersin,

J´ai hésité bien longtemps en pianotant mes doigts dans le vide avant de me décider de les faire danser sur le clavier .

Je voudrais par la présente raconter à vous tous : l´anecdote et LE GESTE CHEVALERESQUE (voir SVP le texte que j´ai écrit récemment "Coeur et âme" pour comprendre la profondeur et la préciosité d´une phrase) que Anh Nguyen Tan Canh m´a accordé et qui restera à jamais gravé dans mon fort intérieur.

C´était en aout 1975, ma pauvre carcasse s´est retrouvé comme une épave sur l´ile de Guam, au milieu du Pacifique, après la défaite du Sud Vietnam ainsi que la débandade causée par le déferlement et de l´étau communiste sur ma patrie.

Je vous épargne les détails concernant cette désastreuse épopée que chacun d´entre nous cuisine par coeur dans son esprit.

À ce moment là, avec un indescriptible courroux dans les tripes, une désorientation morale au plus haut degré et une haine qui pourrait me permettre d´abattre un arbre... j´étais là , au milieu du Pacifique, sous un ciel sans nuage mais devant un destin et un futur aussi sombres qu´une nuit sans lune.

À y réflèchir, ma situation était beaucoup plus enviable que bon nombre de mes compatriotes nationalistes, car j´ai pu contacter de cette ile lointaine, mes plus proches en France et je n´attendais plus que le visa d´entrée en Métropole via l´ambassade de France à Hong-Kong.

À Guam, j´étais simplement terrassé sous toutes les formes, quand un rescapé de l´armée sud-vietnamienne m´informait qu´il y avait une délégation de l´ONU ... avec des éléments vietnamiens à la tête de celle-ci. Comme vous pourriez le deviner, je m´en foutais comme de l´an premier sur les activités de ce groupe genèvois.

Mais en faisant une promenade dans le camp des refugiés pour inonder et saouler mes sentiments dévastateurs qui me rongaient intérieurement, je me suis retrouvé subitement devant une baraque où se trouvait cette délégation venant de Suisse.

À ma grande surprise, je voyais un mec dont la tronche ne m´était pas du tout inconnue car c´était un yersinien.

Sur le moment, son nom n´avait pas voulu s´accrocher à ma mémoire mais je rentrais quand même, juste pour saluer "mot dàn Anh" (un grand frère d´une promotion supérieure), sans autre idée derrière la tête.

Anh Canh avait relevé la tête quand je me trouvais devant sa table provisoire de travail et me regardait avec des yeux grands comme des soupières et lentement me disait :

- Mais...tu es un ancien de Yersin !

J´ai bégayé une réponse affirmative, probablement indéchiffrable sous la forme d´un gloussement ahuri.

Et sans attendre une autre réaction de ma part, il continuait avec une voix qui venait du coeur et qu´on pouvait sentir :

- Je me rappelle de toi, petit frère, maintenant dis moi si "personnellement" (il avait accentue sur le mot!) tu as besoin de quelque chose et si je peux t´aider en quoi que ce soit dans le domaine de ma capacité, je suis à toi et tout ouie !

La phrase avait tout bonnement scié le peu de lucidité qui me restait intérieurement.

J´étais perdu , le Monde était contre moi, contre mes compatriotes , contre ma Patrie ...et voilà qu´un "MONSIEUR" , un ancien de Yersin, un grand frère, un pote... me tendait la main sans que je lui demandais une quelconque faveur .

Une telle phrase , au milieu de l´océan, en terre étrangère, sans obligation aucune , surtout dans ma situation en loque d´antan...me pousse simplement à croire à :

L´ESPRIT YERSINIEN !

Cher Anh Canh, encore une fois un Grand Merci , repose en paix et "à un de ces jours".

Vinh Sang (10.07.2012)

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