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Le charme Asiatique Part II

posted Oct 9, 2015, 4:22 PM by Andy Nguyen


Je me dois cher ami d'avoir la plus franche exactitude vis-à-vis de cette énigme du charme asiatique.

 

Je suis un gamin de rue du quartier de La Villette au nord de Paris, loin des sites touristiques de la capitale. Jusqu'en fac, en 61, point de touristes asiatiques japonais dans le quartier latin et je n'avais jamais vu de visages asiatiques, sauf en cours de géo de terminale, le manuel présentant une photo d'enfants chinois à propos de l'étude de la Chine au programme et je me souviens que devant cette image j'ai trouvé ces visages affreux et mon copain de table d'ajouter : "Comment une mère peut-elle reconnaître son enfant quand ils sont tous pareils" et moi de surenchérir candidement : "On ne peut pas même voir s'il s'agit de filles ou de garçons". Adolescent, mon modèle féminin était une actrice allemande, Maria Shell, une femme à longue chevelure véritablement blonde, dont les yeux, véritable enchantement, étaient très expressifs, et je n'aurais jamais imaginé, alors, que je puisse un seul instant prêter attention à une femme brune.

 

Le mystère du charme asiatique m'a toujours intrigué et je n'ai jamais trouvé d'explications satisfaisantes à ce curieux phénomène. Les autres Occidentaux se contentent d'en jouir, parfois d'en abuser et le plus souvent de le subir, sans chercher à comprendre l'origine d'un tel envoûtement.

 

Je sais que l'Indochine a toujours eu une réputation ambiguë : en métropole, elle n'inspirait aux Français qu'indifférence parce qu'ils n'entrevoyaient pas clairement l'utilité de cette occupation lointaine, produit de l'enthousiasme irréfléchi de quelques administrateurs de terres conquises comme par accident, alors que pour les colonialistes du Tonkin, de l'Annam ou de la Cochinchine, elle avait une emprise indéfinissable, le climat de ces lieux exerçant une influence fâcheuse, autant sur les esprits que sur les corps, une sorte de langueur moite et engluante, dont il est difficile de s'extraire.

 

L'Indochine fascinait les hommes, autrefois avant 1940, non seulement par ses paysages, mais aussi par sa douceur de vivre imputable à cette facilité matérielle que les Occidentaux trouvent dans un pays du Tiers-Monde, mais aussi par le vernis de civilisation ancienne qui imprègne la société civile et culturelle en profondeur (ce que tu soulignes fort bien) et surtout par cet attrait insidieux et indéfinissable de ses femmes, dont le charme captive rapidement les visiteurs occidentaux et même orientaux si l'on se réfère à la période japonaise durant la Seconde Guerre Mondiale (les occupants japonais ont kidnappé des femmes vn emportées dans leur pays).

 

Comment pourrais-je oublier ma déception en arrivant à Saigon, dès la sortie de l'aéroport : je m'attendais à voir une ville style pagode chinoise ou site impérial thaïlandais et je me retrouvais dans des rues à la française, avec les mêmes poteaux électriques. Et puis mon regard sur les femmes marchant sur les trottoirs, encombrés de sacs de sable et de barbelés, me désespérait devant tant de laideur affligeante ; je trouvais les chapeaux coniques ridicules, les yeux bridés horribles et ces nez aplatis comme des boutons de sonnette en plein milieu du visage affligeants ; je me consolais en me disant qu'en présence de femmes aussi affreuses, je ne risquerais pas d'attraper une maladie vénérienne comme le redoutaient mes parents avant mon départ.

 

Dans le car qui me conduisait à la Cité Larégnère, un grand centre d’hébergement des coopérants français, je vis même, lors d'un arrêt, une femme accroupie, qui en souriant montra une rangée de dents toute noire, qui m'inspira une réelle répugnance, car en plus elle était en train de chiquer du bétel. A mes compagnons de car, comme moi novices en ce milieu étranger, je fis part de mon impression et je fus totalement rassuré de constater qu'eux aussi trouvaient ces femmes vraiment horribles et l'un d'eux eu même ce mot méchant "Leur seul don doit être la laideur" formule terrible, qui m'est restée en mémoire, mais à ce moment là je partageais cet avis imbécile.

 

Pourtant, sur place à Saigon, en moins de quelques heures, je fus, comme de nombreux autres Occidentaux, immédiatement séduit par ce charme singulier. Dès mon débarquement à la cité des profs, un major d'homme d'origine hindoue nous a réparti dans des chambres, véritables petits appartements. C'était fin juillet 66, il faisait horriblement chaud et lourd. Je restais sur le pas de la porte, en voyant que les murs étaient couverts d'étranges lézards et que sur le carrelage couraient de gros cafards et toutes ces bestioles me répugnaient au point que je me demandais si je n'allais pas trouver un serpent sous le lit.

 

C'est alors qu'une femme de service vint à moi m'offrir ses bons offices ; elle me demanda si je voulais dîner, si je désirais qu'elle fasse mon lit ; mais mon esprit était ailleurs très préoccupé par la présence de toutes ces affreuses bestioles. Elle devina mon désarroi et me rassura en m'expliquant que les lézards mangeaient les moustiques et qu'il n'y avait rien à redouter des cafards inoffensifs, très utiles, petits éboueurs des intérieurs de maisons, bref que ces parasites étaient indispensables à la vie quotidienne et comme je n'osais pas même me déplacer dans la pièce de peur d'en écraser un, elle me montra combien ces insectes étaient habitués aux pas des hommes et savaient les éviter au point qu'il était très difficile d'en écraser un seul, même si on s'acharnait à le piéger et elle m'en fit une démonstration éloquente en courant derrière eux sans succès, tant ces cafards étaient rapides dans l'esquive d'un pied mal intentionné à leur égard.

 

Elle parlait avec une voix douce et légère, riait de mes craintes avec compassion et c'est ainsi que je finis par la regarder en me demandant quel âge elle pouvait bien avoir, reconnaissant qu'il m'était impossible de m'en faire une idée : c'était une jeune femme, qui me paraissait encore être une jeune fille. Elle me proposa une moustiquaire ; j'en fus si ébahi qu'elle compris que j'ignorais tout des habitudes de son pays et sorti de l'appartement m'en chercher une. Quand elle revint, elle monta les barres au quatre coins du lit et installa la dite moustiquaire de tulle blanche, puis me montra comment il fallait s'y prendre pour entrer dedans et s'y enfermer, afin d'être à l'abri des moustiques.

 

En réalité, toute la nuit il fut impossible de trouver le sommeil tant les piqûres de moustiques m'infligèrent de démangeaisons et ce n'est qu'au milieu de la nuit que je découvris que la moustiquaire était criblée de trous. J'étais furieux, croyant que cette maudite vietnamienne l'avait fait exprès. Impuissant à combattre les moustiques, j'attendis le matin pour engueuler cette femme de service, qui s'était visiblement bien moquée de mon ignorance, en pensant qu'elle avait une petite âme de reptile dans un corps de singe.

 

Le matin, elle arriva tout sourire, visiblement innocente du drame de ma nuit. Je lui montrais les nombreuses piqûres qui me brûlaient le corps, surtout les jambes et les pieds, et devinant immédiatement l'origine de mon malheur, elle se précipita vérifier la moustiquaire et passa ses petits doigts dans tous les trous qu'elle décela, n'en finissant plus de les compter et d'en rire de bon cœur. Comment se fâcher devant une attitude aussi désarmante, devant cette femme qui n'avait que la taille d'une enfant. Je la regardais surpris de sentir ma colère fondre et se dissiper comme par enchantement. Elle était de dos occupée de façon ludique à percer du doigt tous les trous de la moustiquaire. Elle portait un pantalon noir et un chemisier blanc cintré sur la taille, qui mettait en valeur l'arrondi de ses hanches. Certes, elle était petite mais bien faite, svelte dans la perfection des formes de son corps, que je devinais à chacun de ses gestes spontanément gracieux. Elle se retourna et prestement elle sortie pour revenir quelque temps après avec une nouvelle moustiquaire, enleva la première, qu'elle plia rapidement, pour déployer la blancheur éclatante d'une nouvelle moustiquaire, qui semblait toute neuve, en vérifia soigneusement la maille pour me dire avec un joli sourire de satisfaction que maintenant je pouvais dormir en toute tranquillité. Elle avait aussi apporté un baume et pris grand soin de masser mes nombreuses piqûres pour me soulager. Tant de sollicitude me surprit, car je n'avais rien demandé et visiblement elle tentait au mieux de remédier au désagrément de cette fâcheuse nuit.

 

Pendant qu'elle soulageait mes piqûres de moustiques je regardais son visage. Elle présentait un faciès plus ovale que rond ; des yeux si peu bridés qu'il fallait savoir qu'ils le soient pour le remarquer ; son regard avait une expression pleine de feu tranquille, éclairé d'un sourire si lumineux que tous les traits de sa figure en étaient comme par magie transfigurés ; son petit nez, vraiment tout petit, était comme celui d'un bébé. Elle avait des cheveux, couleur noir-bleu, flamboyants, ramenés simplement en un chignon, qui montrait que cette femme ne cherchait en rien à plaire, la simple modestie de sa façon de s'habiller, plus proche d'une tenue de pyjama que d'un vêtement le confirmant ; dans son corsage les rondeurs saillantes joliment visibles mais peu développées, laissaient deviner une poitrine ferme et bien plantée. Son chemisier, bien pris autour de sa taille, soulignait l'onctuosité de son corps, qui avait une démarche légèrement ondulante comme une douce brise marine rafraîchit le soleil, et l'heureuse harmonie de sa ligne de femme respirait une forte intensité de vie. Je trouvais attendrissant qu'un corps d'enfant puisse présenter, dans l'enflure du corsage, des seins que je devinais fermes et pleins sans la moindre lourdeur d'abondance de chair. Finalement, j'arrivais à cette incroyable conclusion que ce n'était pas une beauté, mais qu'elle ne manquait pas de charme, ni d'agrément dans la grâce de ses attitudes et la douceur élégante et tranquille de ses gestes. Je sais aujourd'hui que je dois à cette femme inconnue cette incroyable métamorphose de mes premières impressions malveillantes sur ce pays et de toute façon que ce soit elle ou une autre, j'étais condamné comme tant d'autres à succomber à cet irrésistible engouement envers le charme asiatique qui à Yersin, avec en plus l'innocence des élèves, devint pour moi une confirmation de ce spectaculaire revirement.

 

La seule chose que je sache à propos du charme asiatique, c'est qu'il opère sur place et non en terre étrangère où les femmes asiatiques ne peuvent plus avoir la même démarche, le même sourire, les mêmes attitudes félines et où elles sont privées d'un cadre climatique qui abolit les volontés. J'ai connu à la fac de la Sorbonne trois jeunes filles vietnamiennes sans percevoir leur charme. Le cadre joue un rôle important dans l'obsession que l'on a du petit corps fauve et parfait de ces femmes aux seins élastiques, aux lignes graciles, aux hanches harmonieuses et à la chair voluptueuse, pourtant contraire aux canons de l'esthétique occidentale héritée de la culture hellénique.

 

Voilà cher ami le récit de mon arrivée à Saigon Il me fallait préciser le contexte de ma question pour qu'elle soit bien comprise. Moi-même, je suis une victime type du charme asiatique et je n'ai jamais compris comment ma cuti a pu virer aussi vite une fois sur place. C'est là l'objet de ma curiosité concernant le charme asiatique.

Toutes les analyses se rapportant à cet attrait particulier envers les terres et les femmes asiatiques apportent en fait peu d'explications sur ce phénomène communément désigné comme "charme asiatique" et que les anciens colonialistes désignaient comme "le mal jaune", se référant sans doute à la fièvre jaune. Quand il m'arrive en France de retrouver les colons (aujourd'hui c'est rare), ces derniers évoquent les paysages pourtant fort dégradés par la guerre, la nature pourtant malmenée par les défoliants de la période américaine ; ils justifient leur attrait du pays par un banal "exotisme" pourtant injustifié dans leurs descriptions critiques et méprisantes à l'égard des autochtones et qui est le même en Afrique de la part des Occidentaux. Pourtant ceux qui ont eu la chance de connaître les trois continents sont unanimes à reconnaître qu'ils préfèrent de loin leur expérience asiatique et même, s'ils ont trouvé beaucoup de plaisir à fréquenter les femmes noires, ils gardent des femmes asiatiques un souvenir encore plus délectable.

 

Ainsi, ni l'étrangeté de la Baie d'Along, cette beauté touristique présentée comme la huitième merveille du monde par les catalogues touristiques d'aujourd'hui, ni la superbe exubérance des forêts vierges des hauts plateaux lorsqu'elles subsistent, ni la quiète douceur des rizières verdoyantes que l'on retrouve ailleurs, ni ces somptueux coucher de soleil sur le Mékong, ni la luxuriance de la végétation disciplinée des jardins botaniques des grandes villes, ni les tristes horizons noyés de brume du delta tonkinois, que l'on aime à me décrire et que je ne connais pas, ni la cité impériale de Hué complètement délabrée, ne peuvent à mes yeux expliquer ce phénomène et rien de ce que j'ai lu à ce sujet ou entendu à ce propos ne parvient à satisfaire ma curiosité et à apaiser ma soif de comprendre.

Personne je crois n'est encore parvenu à donner le pourquoi de ce charme si spécial de l'Asie et personne n'a vraiment cherché à déchiffrer le secret de cet envoûtement. Certes, la vie sur place est plus facile et les rapports avec les populations agréables. Mais ces rapports restent le plus souvent superficiels, limités aux notables locaux, aux serviteurs de maisons coloniales, aux surveillants de plantations, aux contremaîtres d'ateliers, ralliés à l'administration impérialiste ou néocolonialiste, bien trop intégrés au milieu étranger, pour que puisse s'établir une réelle fusion des cultures entre l'Orient et l'Occident. D'ailleurs les Français, les Américains, les Soviétiques s'intéressaient assez peu à l'histoire, aux croyances, aux coutumes, aux préoccupations quotidiennes de ceux qu'ils ont côtoyés sur place au VN. Quant à ceux qui tentaient de le faire, ils se sont souvent heurtés aux difficultés de communications entre les deux communautés. D'où ces images sommaires pour rendre compte de cet attrait pourtant incroyable et qui mérite que l'on s'y intéresse plus encore que ne le font les récits d'aventures vécus en terre indochinoise. Comment ne pas sourire devant ces clichés de femme annamite douce, docile, dévouée, malléable, polie, tolérante, respectueuse, mais aussi décrite comme rusée, menteuse, hypocrite, fière, insouciante, féline, infidèle, rapace et dévergondée, tout un ensemble de qualités et de défauts que l'on retrouve partout sur cette planète Terre dans la grande majorité des sociétés humaines.

 

Pourtant bon nombre d'Occidentaux, désirant justifier le choix de leur attachement à une femme asiatique comme le font les militaires américains, arguant de sa séduction, insistent sur la différence de comportement entre la femme orientale soumise, réservée et douce et la femme occidentale libérée, mégère et chiante.

 

Certains ont écrit des livres savants sur l'attrait mystérieux qu'exerce les pays d'Extrême-Orient provenant selon eux du carrefour d'influences venant les unes de l'énorme Chine avec sa richesse culturelle millénaire et les autres de l'Inde mystique. Moi, je doute que ces références aient pu avoir une quelconque signification pour les militaires, fonctionnaires, planteurs, administrateurs, négociants, venant de l'Occident que j'ai rencontrés là-bas et qui en subissaient comme moi l'attrait sans rien y comprendre.

 

Alors mes amis, anciens de Yersin, je vous lancent un défi combler mon ignorance.. Merci d'avance.

 

MM

 

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