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Les Lat

(Une minorité ethnique du Plateau du LanngBian)
Sur la place du marché à Dalat (Cho cu, khu Hoa Binh) le dimanche, quand ces garçons et ces filles, élèves du Lycee Yersin, du collège d'Adran, ou du Couvent des Oiseaux (Notre Dame du Langbian) cotoyaient ceux qu'on appelait des "Mois", ils ne se doutaient peut-être pas qu'ils étaient en présence de quelques authentiques premiers habitants du Plateau du Langbian.
J'étais un de ces garçons et certes, j'avoue que je ne faisais guère de distinction entre tous ces "Mois" (appellation péjorative des minorités ethniques du VN ).
Or, parmi les "Srê", les "Chil" ou les "Maa", les "Koho", les "Churu", il y avait des "Lat".
Les LAT, (ou encore Lac, M'Lates, Lach) font partie d'une riche mosaïque de peuples, une soixantaine, qui partagent les 335.000 Km2 du sol vietnamien. Lat signifie, dans le parler dialectal, "forêt clairsemée" et désigne en fait la zone couverte de pins et de collines dénudées du plateau du Langbian jusqu'au Sud Est, englobant la ville de Dalat.
L'habitat naturel des "Lat" comprenait principalement Dalat et s'étendait, grosso modo des chutes Prenn au Sud, à Dankia au Nord.
Le nom de la ville de Dalat prend ses origines de là.
Da Lat: terre des Lat, terre des hommes habitant la forêt clairsemée.
Qui sont-ils ces "Lat"? A quel groupe ethno-linguistique appartiennent-ils?
Les Lat racontent que leur terre de "forêt clairsemée et de collines dénudées" est le résultat d'une terrible colère de Srai, un jeune génie.
Un jour, ne supportant plus les moqueries irrespectueuses des enfants de la tribu Lat où orphelin, Srai a dû se louer comme homme de peine, il a arraché tous les arbres de la forêt, les a plantés en suite à l'envers et y a mis le feu.
Après 7 jours et 7 nuits d'un feu intense la terre fertile des Lat n'était plus qu'une savane aride où seules désormais poussent quelques herbes.
Mais avant de quitter la tribu des Lat, Srai leur avait laissé une charrue pour leur permettre de continuer à vivre sur la terre de leurs ancêtres.
Les "Lat" sont alors devenus des "riziculteurs" (planteurs de riz sur sol inondé à la différence de certaines autres ethnies qui pratiquent le ray: culture sur brulis).
Comme beaucoup d'autres habitants des hauts plateaux du VN (les Maa, les Mnong) les Lat croient qu'au commencement la terre et le ciel ne faisaient qu'un, au temps où la matière était molle et malléable.
L'homme habitait le centre de ce magma, d'où il sortit un jour et entreprit de soulever le ciel.
Puis il créa le soleil pour éclairer le jour et la lune pour illuminer la nuit. Mais à la suite d'une inondation apocalyptique qui noya le monde, la vie disparut sur la surface de la terre, n'épargnant que deux survivants qui avaient trouvé refuge dans un tambour. Voilà l'origine des Lat.
Les chercheurs, ethnologues comme linguistes, reconnaissent volontiers que l'Asie du Sud Est continentale, de par son caractère de carrefour, représente la "mosaïque" la plus complexe qui soit au monde, d'un point de vue ethnolinguistique.
Les Lat, comme toutes les populations de l'Asie du Sud Est ont subi pour des milliers d'années la double influence des civilisations indienne et chinoise, à tel point que les Occidentaux finissent par donner à cette région des noms comme Greater India, Hinterindien ou Indochine.
Avant de rencontrer les Vietnamiens (les Kinh) qui ne se sont aventurés jusqu'à Dalat que sur les traces des Français au début du 20è siècle, les Lat avaient été en contact avec les Cham du royaume de Champa, sans parler bien entendu des autres ethnies montagnardes avec lesquelles, tantôt les Lat vivaient en bonne entente, tantôt ils se livraient à de sanglantes luttes.
Il ne faut donc pas s'étonner que le parler des peuples de la péninsule indochinoise se partage entre plusieurs familles de langues: austro-asiatique (ou môn khmer), austronésienne (ou malayo-polynésienne), miao-yao, sino-tibétaine, kadai, toutes se subdivisant en groupes et sous-groupes.
Le parler Lat appartient à la famille autro-asiatique qui compte entre autres, le groupe bahnar-sedang dont le sous-groupe "koho" désigne le parler des "Maa" (ou Cho Ma), et des riziculteurs "Srê" et "Lat".
Les Lat se regroupent par familles dans de longues maisons traditionnelles construites avec des matériaux naturels. Mais aujourd'hui ces longues maisons ont tendance à disparaitre, comme disparaissent peu à peu les traditions ancestrales sous la pression de l'évolution des mentalités au contact avec les modernités apportées par les Kinh.
Jusqu'à une date récente les Lat ne connaissaient pas le système des noms de famille. Ils s'identifiaient par rapport aux membres des autres buon (villages) par le nom de leur buon.
Outre la riziculture, dont la surface se rétrécit de jour en jour, les Lat, un millier dans les années 40, aujourd'hui près de 3000, excellent dans le commerce, l'élevage de chevaux, les activités artisanales (fabrication d'articles en jonc), mais malheureusement tout ceci est en train de se perdre, définitivement si rien n'est fait pour sauvegarder les trésors culturels de ces peuples des montagnes du VN afin de les laisser en héritage à nos enfants et petits enfants. Car, comme nous, les Lat font partie de l'Histoire de notre pays.

Equipe rédactionnelle LYDA - 22 juin 2001

Boulbet J. - Le Pays de Maa. Domaine des génies BEFEO 1967
Boulbet J. - Modes et techniques du Pays Maa. Bulletin de la société des etudes indochinoises 1964
Aitoh D. - L'oeuvre de M.Pavie en Indochine (1879-1895) La géographie BSG 1902
Dambo - Les populations montagnardes du Sud Indochinois - France Asie 1950 Nguyen Tuan Tai, Doan Nam Sinh-Lieng Hot Hasue. - Dalat Thanh pho Cao nguyen 1993
Condominas G. - Ethnologie régionale.1978 etc...

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