Le 25 Décembre, 2002.
Mes chères amies, amis,
Après avoir ouvert mon cadeau de Noel, j'ai eu le temps de feuilleter mes divers paperasses et souvenirs de jeunesse, histoire de tuer un peu le temps avant le déjeuner …. Tout de suite une lettre un peu jaunie par le temps a capté mon attention et en la lisant, mon cœur bondit de plaisir mais aussi d'embarras ! La lettre étalée devant moi, je la lisais très attentivement et déja ma mémoire fuyait vers mes tendres années de jeunesse au Lycée.
C'est l'automne 1968 au Lycée.
J'avais 16 ans, languissant encore dans la période de puberté.
Mais vint le jour ou je rencontrai la fille de mes reves.
Quelle sensation si douce, si adorable de tomber amoureux ! un mélange de plaisir et d'angoisse rongeait mon estomac.
Elle était si jolie ! avec ses grands yeux noirs en amande, sa pommette un peu saillante, ses longs cheveux noirs lustres qui effleuraient son épaule, sa peau blanche comme la neige du Kilimandjaro, sa bouche si sensuelle a la Catherine Deneuve, mais ce qui me frappait le plus fut son sourire un peu moqueur laissant voir ses gencives en or !……Elle était dans la classe de ma grande soeur Yvonne en Terminale A Philo.
Elle avait 19 ans.
Le coup de foudre m'avait frappé si subitement que pendant quelques jours je ne pouvais ni manger, ni dormir. J'étais obsédé par son visage, par son corps, par ses longues jambes et je ne revais que de pouvoir la serrer dans mes bras. Mon lit au dortoir était devenu mon ami préféré car le soir venu, je pouvais me refugier dans mes fantasmes bien camouflés durant le jour.
En une semaine j'avais perdu 10 kilos ! je ne me nourrissais que de fantasmes et de reves.
Victor Hoang Phi Lam Philo, un tonkinois tres cultivé, super calé dans la redaction des lettres d'amour devint ma bouée de sauvetage.
Phi Lam en ce temps la etait la légende du Lycée; ses lettres qu'il gardait dans un cahier orné de cuir rendaient les filles folles de plaisirs !
Il possédait un doigté extraordinaire du francais, maniant les mots comme Picasso avec son pinceau. Ce fut donc a lui que je confiais mon petit secret….
Phi Lam avec son air impénétrable écoutait mon histoire sans broncher et avec un air de truand m'avait dit : D'accord Andy, je vais t'aider a composer une belle lettre d'amour mais ceci te coutera très cher. Je veux tes conserves de sardines et jambons Olida, tes saucissons chinois (Lap Xuong) et la bouteille de Calvados que j'ai vue dans ton armoire. Sans hésiter j'ai tout de suite répondu: C'est d'accord anh Lam, you got a deal ! mais fais vite hein ! je ne peux plus vivre dans l'angoisse !
Trois jours plus tard Phi Lam me présenta une lettre sur papier doré:
LETTRE D'AMOUR
Très chère Odette,
Vous ne me connaissez pas encore mais certains jours, comme aujourd'hui, c'est l'automne dans votre jardin. A chaque couleur je reconnais une nuance de vous, une facon d'aller et venir qui n'est que de vous, parmi des centaines d'autres facons qui ne sont encore que de vous.
Tout ce qui rend un etre unique en lui meme et qui le distingue des millions d'autres etres aux corps semblables, le moindre de vos gestes me le donne en tableau.
Et certains autres jours vous etes mon pays tout entier, avec la neige par rafales de plaines qui n'en finissent plus de vous envahir.
Ouvrez grandes les fenetres de votre dortoir chère Odette pour qu'on voie bien les arbres au bord de la rivière. Et donnez moi vos yeux pour que j'y retrouve ce que je cherche. L'eau de la rivière et ce qu'il y a derrière vos yeux, ca me donne un gout de foi, et je voudrais y laisser ma tete en cet instant.
Pour aimer quelqu'un chère Odette, est ce qu'il faut etre prêt a aimer tout le monde? Etre un peu fou de la personne humaine….
Chere Odette, je suis devenu le promeneur solitaire eveillé par vous et qui reve que l'amour vient au monde dans son pays sous la neige.
Il n'y a plus d'arbres le long du chemin du roi, mais seulement des hommes et des femmes qui montent de la berge. On dirait des plongeurs sous-marins qui rentrent de la rivière.
Ils vont de chaque coté de la route et font une haie avec des couples d'oiseaux étrangers qu'ils se renvoient d'un bord a l'autre. Hommes et femmes partout.
Les uns se détachent pour former des cortèges qui s'en vont dans toutes les directions, tandis que les autres restent a s'aimer, debout, comme les arbres. Certains portent des torches allumées qui gardent la neige sur la flame, d'autres jonglent avec des barres et des cercles de toutes les couleurs. Il y en a qui chantent, il y en a qui sont en silence, par accompagnement.
C'est la meme fete de chaque coté de la rivière qu'on traverse sur des chemins de glace qui croisent des chemins d'eau.
C'est l'hiver et l'été en meme temps. Le soleil ramène le jour ici, tandis qu'il fait nuit encore a quelque pas.
Si la fete continue chère Odette, la mer passera devant notre porte et nous pourrons aller de l'Occident a l'Orient sur un petit traversier que traineront les outardes.
Votre tout devoué.
Andy NP Khanh
2ieme M1